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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 10:43
Les primeurs
Luciennes Desnoues
in "Anthologie personnelle 1947-1997"


On va déballer la fraîcheur du monde,
Les fruits, les primeurs, les cageots de fleurs.
Matin maraîcher, bombe et te débonde,
Halles et marchés, hissez vos couleurs !
L'aube des cités regorge de feuilles,
On va désangler les cressons puissants.
Sur leur dos carré - hisse ! - les accueillent
Les forts du carreau, les donnent de sang.

Qui parle toujours d'aurores malades,
D'hommes écoeurés par le soleil neuf ?
Voici sous leur faix de vertes salades
Les buveurs de blanc, les mangeurs de boeuf.
Ô printemps du jour, heures vivrières,
C'est bien décidé pour tout l'univers :
On veut vivre encor la journée entière,
Et croquer du ferme, et mâcher du vert.

On veut trois repas et quatre services
Mais que la pitance ait l'esprit subtil.
On veut les jardins au fond du délice.
Et dans les raviers la moelle d'avril.
On veut que midi resplendisse et chante
Tout enguirlandé d'orgueil végétal,
D'artichauts aigus coupés dans l'acanthe,
D'ail et de poivrons vernis au mistral.

Saint-Germain-des-Prés, si loin des prairies,
Voici le rachat des nuits de tabac,
Et qu'en plein poitrail du Paris qui crie
Le coeur délicat des Vaucluse bat.
Ah ! Voici la fleur des saisons pucelles,
Voici le tribut des champs jouvenceaux,
De l'asperge vierge à pleines nacelles
Et du radis rose encore au berceau.

Mon coeur débardeur, empoignons la vie.
Qui parle toujours d'aube à l'abandon ?
Journée, ô laitue, enfant-de-Marie,
Que j'aime palper ton joli bedon.
Je happe à deux mains les seins de Pomone,
Son corset d'osier craquant de candeur.
Vigueur au quintal, tendresse à la tonne,
Étreignons-les dur, mon coeur débardeur !

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Published by friedliches Fenouil - dans art et littérature
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